Au pôle Sud/02 - Wikisource


NOUS RENCONTRONS LES PREMIÈRES GLACES FLOTTANTES (JANVIER 1911).


AU PÔLE SUD[1]

PAR ROALD AMUNDSEN


II. — LA CONSTRUCTION DE FRAMHEIM


Nous franchissons le cercle antarctique. — Dans la banquise. — La Grande Barrière. — Sur le terrain des opérations. — Première sortie des chiens. — Les deux premières tentes. — Construction de notre habitation. — Psychologie canine. — Question de chauffage. — Les tentes des chiens. — Le Terra Nova de Scott nous rend visite.


WISTING À LA CHASSE AU PHOQUE PRÈS DE FRAMHEIM.


Le 1er janvier à trois heures du matin, l’officier de quart me réveille. Le premier iceberg est en vue ! Immédiatement je monte sur le pont saluer cette sentinelle avancée de l’armée que nous allons combattre. Elle apparaît au loin comme un point brillant sous les pâles rayons du soleil levant. C’est un grand bloc, ayant la forme tabulaire, caractéristique des icebergs antarctiques. En général, la vue de ces glaçons monstrueux n’éveille guère la joie dans le cœur du marin ; à nous, au contraire, elle cause une vive satisfaction. Cet iceberg n’annonce-t-il pas l’approche de la banquise ? Grande est notre hâte de la découvrir. La navigation au milieu de la glace apportera un peu de variété dans la vie monotone que nous menons depuis cinq mois, et dont nous commençons à être fatigués. Courir quelques minutes sur un ice-floe nous semble la plus enviable des distractions. En outre, sur la banquise, nous trouverons des phoques et pourrons nous régaler tous, bêtes et gens.

Dans l’après-midi, et dans la nuit suivante, le nombre des icebergs augmente. Heureusement, le jour continu permet de se garer facilement de ces dangereux voisins. Nous n’aurions pu souhaiter meilleur temps : ciel clair et légère brise favorable.

Le 2 janvier, à huit heures du soir, le cercle antarctique est franchi ; quelques heures plus tard, l’homme de veille signale la banquise. Bientôt la mer tombe ; le navire ne bouge plus. Après avoir chaloupé deux mois pour garder notre équilibre sur le pont, nous éprouvons un vrai soulagement à marcher librement sans prendre aucune précaution.

3 janvier. — À neuf heures du matin, ouverture de la chasse. Un gros phoque de Weddell est en vue sur un glaçon, juste par l’avant. À notre approche, il ne bouge pas ; seulement, une fois qu’il a reçu plusieurs balles, il se rend compte de la gravité de son cas et cherche à se jeter à la mer. Trop tard ! Deux hommes se trouvent déjà sur le glaçon et s’assurent de sa personne. Un quart d’heure après l’animal était dépecé sur le pont et nous livrait environ 200 kilogrammes de viande pour les chiens, sans compter un lot pour la table. Trois fois dans la journée, nous réussissons le même coup. Nous voici donc à la tête d’une copieuse provision. Cet heureux événement est fêté comme il convient. Les chiens baffrent jusqu’à ce qu’ils tombent. Par l’endurance dont ils ont fait preuve au cours de cette navigation de cinq mois, ils ont largement mérité cette gratification. Nous observons à table plus de retenue ; néanmoins, le ragoût de phoque disparaît avec rapidité. Dès le premier essai, ce plat antarctique compte des partisans chaleureux ; il en gagne vite beaucoup d’autres. Le bouillon de phoque aux légumes reçoit un accueil encore plus enthousiaste.

Le premier jour qui suit notre entrée dans les glaces, la banquise est si morcelée que nous tenons la route et conservons notre vitesse à peu près tout le temps. Le 4 et le 5 janvier, les choses ne vont pas aussi bien. Les floes sont parfois si resserrés que nous sommes obligés de les tourner. Jamais, cependant, nous ne sommes arrêtés ; toujours nous rencontrons des ouvertures suffisamment larges.

6 janvier. — Dans la journée, les floes deviennent plus étroits et les canaux plus larges. Finalement, à six heures du soir, la mer libre s’ouvre à perte de vue devant nous. Les glaces qui défendent l’entrée de la mer de Ross ont été franchies ! Position à midi : 180° de longitude est et 70° de latitude sud. En quatre jours, la banquise a été traversée sans aucune difficulté. Lorsque la mer libre fournit ensuite au Fram une nouvelle occasion de montrer ses qualités de rouleur de premier ordre, plus d’un parmi nous regretta cette navigation calme au milieu des glaces. La dernière partie du voyage est également favorisée par les circonstances. Le temps est toujours magnifique. Durant les quatre jours suivants que nous passons dans la mer de Ross, presque point d’icebergs, seulement quelques petits blocs.

Le 11 janvier, vers midi, une clarté blanche visible dans le sud annonce que nous ne sommes plus loin du but ; à deux heures et demie, apparaît enfin la Grande Barrière. Après s’être lentement élevée au-dessus de la mer, elle se découvre tout entière dans son imposante majesté. Il est difficile de décrire la première impression produite par cette puissante muraille de glace. En tout cas, il est aisé de comprendre qu’avec sa hauteur de 30 à 35 mètres, elle ait été considérée, il y a soixante-dix ans, comme une barrière infranchissable. À travers ce mur s’ouvre une porte vers l’inconnu, c’est la baie des Baleines, située à environ 100 milles dans l’est du point où nous nous trouvons. Donc, le cap est mis de ce côté ; pendant vingt-quatre heures, nous défilons le long de la Barrière, admirant cette colossale falaise de glace qui constitue un des aspects les plus extraordinaires de la terre. Non sans appréhension nous approchons de la baie, but de notre longue navigation. La trouverons-nous libre ou encombrée de glaces ? Pourrons-nous facilement atterrir ?

LE « FRAM » À LA LISIÈRE DE LA BANQUISE.

Promontoires après promontoires disparaissent derrière nous ; toujours la même muraille blanche. Enfin, dans l’après-midi du 12 janvier, la falaise s’infléchit par 164° de longitude ouest, juste au point indiqué par nos prédécesseurs. Devant nous se découvre une large baie, si longue que la vigie n’en aperçoit pas l’extrémité. Pour l’instant, on ne peut songer à y entrer. Elle est remplie de grandes plaques de glace, débris d’une banquise qui vient de se rompre. Nous avançons alors un peu plus à l’est pour attendre les événements. Le lendemain matin, nous revenons à l’entrée de notre baie. Quelques heures après, les glaçons commencent à bouger, puis, l’un après l’autre, ils dérivent vers la pleine mer. Bientôt le passage est libre. Une fois entrés dans la baie, nous constatons que partout il sera facile d atterrir.

Il s’agit seulement de choisir le meilleur point de débarquement. Bref, le 14 janvier 1911, c’est-à-dire un jour plus tôt que je ne l’avais prévu, nous avons accompli la première partie de notre programme : nous avons réussi à amener toute notre meute en forme sur le terrain des opérations. Bien plus, en cours de route, elle s’est augmentée. Dix-neuf naissances ont porté son effectif à 116 animaux. Presque tous sont frais et dispos et pourront être employés dans notre grande entreprise, qui commencera d’ici deux mois.

LE PREMIER MOUILLAGE DU « FRAM » DANS LA BAIE DES BALEINES (AU 1er PLAN, GLACE DE MER, ET AU 3e PLAN, LE MUR TERMINAL DE LA GRANDE BARRIÈRE).

Pour le moment, il s’agit de découvrir un site favorable à l’érection de la station d’hivernage sur la Grande Barrière. Mon intention avait été primitivement de m’installer à une bonne distance de la mer, de telle sorte que, si le glacier venait à « vêler », notre établissement ne fût pas exposé à être transformé en île flottante, et entraîné ensuite à travers l’Océan, au gré des vents et des courants. Afin de nous prémunir contre un accident de ce genre, j’ai l’intention de prendre nos quartiers à 18 kilomètres environ de l’extrémité inférieure de la Grande Barrière. Dès notre entrée dans la baie des Baleines, un simple coup d’œil sur le paysage environnant me démontre que nous n’avons pas besoin d’aller aussi loin. Tout à l’entour du mouillage, le glacier est très accidenté.

Promptement le Fram est ancré à un champ de glace fixe qui s’étend sur une distance de 2 kilomètres en avant du bord du glacier ; non moins prestement sont menés les préparatifs de départ pour la reconnaissance préliminaire qui doit nous indiquer où sera installé notre quartier général, celui d’où nous partirons vers l’Extrême Sud. Depuis longtemps d’ailleurs tout l’équipement a été soigneusement mis au point. Le dîner rapidement avalé ! nous partons à quatre heures du soir. Un moment décisif ! Des résultats de cette première excursion dépend pour une bonne part l’avenir de l’expédition.

LA BANQUISE DANS LA PARTIE NORD DE LA MER DE ROSS.

Un temps délicieux : pas un souffle d’air, un soleil brillant véritablement chaud dans un ciel clair, d’un bleu pâle, rayé de quelques légers duvets blancs. Au milieu de cette douce tiédeur, des centaines de phoques se prélassent sur la banquise ; encore une heureuse chance ; avec de si abondantes ressources en boucherie, nos chiens sont assurés d’une florissante santé.

Une demi-heure après avoir quitté le bord, nous voici au pied de cette fameuse Grande Barrière qu’auréolent les mystères de la légende. Depuis Sir James Ross, qui la découvrit en 1841, tous les explorateurs n’en ont parlé qu’avec une sorte de respect mêlé de crainte, comme d’une chose étrange et redoutable. Gagné par la contagion de toute cette littérature, depuis longtemps je songeais avec anxiété aux surprises que pouvait nous réserver ce glacier extraordinaire. Comment passerions-nous de la banquise sur cette mer de glace terrestre ? Que de fois cette pensée m’a hanté ! Peut-être la Grande Barrière se termine-t-elle par une formidable falaise qu’il nous faudra gravir avec des crampons ! Peut-être se trouve-t-elle séparée de la glace marine par une large et dangereuse crevasse qui nous obligera à de longs et pénibles détours ! Ah ! bien oui, un, deux, trois ! un petit saut en hauteur, et nous voici sur la Barrière. Du premier coup le charme est rompu. Ici, le terrible glacier se termine tout simplement sur la mer par un modeste talus de 6 à 7 mètres de haut, et l’intervalle entre ce petit escarpement et la banquise se trouve rempli par une bonne couche de neige formant un plan incliné. On n’eût pu souhaiter passage plus aisé.

Une fois sur la Grande Barrière, nous explorons attentivement l’horizon suivant un petit val entre deux monticules formés par la pression de la glace contre une aspérité du sous-sol. À l’un, nous donnons le nom de Mont Nelson ; à l’autre, celui de Mont Rönnicken. Le terrain qui sépare ces deux mamelons est plat ; donc aucune convulsion du glacier à redouter ; de plus, de ce point, le Fram est visible. En présence de tous ces avantages, ma résolution est prise : c’est ici que nous installerons les chiens,

Plus au sud, après une petite dépression, nous rencontrons une grande plaine entourée de tous côtés de monticules, une sorte de vaste cuvette. Cette enceinte donne une impression de paix et de repos ; on doit y être à l’abri et en sûreté. Aucune crevasse, pas d’autre accident que de petites protubérances. À tous cette localité paraît réunir les conditions désirables pour l’érection de la station d’hivernage, et, d’un commun accord, il est décidé que la maisonnette sera bâtie ici. Sur l’emplacement choisi, nous enfonçons un bâton, et, joyeux, nous rallions rapidement le Fram. À bord, l’heureux résultat de notre reconnaissance cause une satisfaction générale. Tous, nous nous attendions à être obligés d’installer la station très loin de la mer, par suite, à être astreints au laborieux traînage de notre pesant matériel. Cette fatigue nous sera épargnée…

Une soirée magique. Le soleil luit très haut dans le ciel ; en même temps cette terre toute en glace réverbère une lueur blanche très intense, pareille à un reflet d’astre éteint. Autour du navire, une mer d’un bleu très léger, passant plus loin à une tonalité foncée très dure. Vers le sud, une impression de jour étrange, pendant que, dans le nord, le ciel sombre donne une sensation de nuit. Cette lumière de rêve éclaire de mystérieuses régions ; pour déchirer le voile impénétrable qui les enveloppe, nous sommes prêts au sacrifice de nos vies.

UN VIEIL HABITANT DE L’ANTARCTIQUE.

Le lendemain, un dimanche, même beau temps. De repos hebdomadaire, il ne saurait être question. L’équipage a été partagé en deux escouades : celle du bord et celle de la terre. La première se compose de Nilsen, Gjertsen, Beck, Sundbeck, Ludv. Hansen, Kristensen, Rönne, Nödtvedt, Kutschin et Olsen, en tout, dix hommes. L’autre comprend, outre le chef de l’expédition, Presterud, Johansen, Helmer Hansen, Haasel, Bjaaland, Stubberud, Lindström, soit huit hommes. Six d’entre nous s’installeront entre le Nelson et le Rönniken, pendant que les deux charpentiers Bjaaland et Stubberud commenceront immédiatement le montage de la maison.

Un traîneau attelé de huit chiens est chargé de 300 kilog. de matériel et d’approvisionnements. Les bêtes hurlent et sautent de droite et de gauche, entremêlant leurs traits, c’est un sabbat du diable : enfin, après de rudes corrections, un peu d’ordre est remis parmi l’attelage, et, aussitôt, l’ordre de départ est donné. Ah ! bien oui, à peine les chiens ont-ils fait quelques pas que, tous ensemble, comme au commandement, ils se couchent par terre et refusent de bouger. Leur attitude témoigne d’un profond étonnement. Depuis plus de six mois, n’ayant fait que boire et manger sans jamais travailler, ces animaux ne comprennent pas que cette période de repos est définitivement close et qu’une nouvelle ère s’ouvre pour eux. Les fouets claquent, mais, au lieu de partir à fond de train, les bêtes se lancent les unes contre les autres et entament une bataille rangée. Moi, si fier de ma cavalerie, elle m’expose, dès sa première sortie, à une cruelle mortification. À force de corrections et de cris, et en poussant nous-mêmes les traîneaux, nous réussissons enfin à mettre l’attelage en mouvement. À coup sûr, cette première marche n’eut rien de triomphal.

LE DÉCHARGEMENT DU « FRAM » À LA BAIE DES BALEINES.

Entre le Nelson et le Rönniken, à 2 200 mètres de la mer, une grande tente pour seize hommes est dressée, la première que nous établissons sur la Barrière. Autour, un câble d’acier est tendu en triangle de 50 mètres de côté pour mettre au piquet toute la meute. Ensuite, nous installons une seconde tente, aussi spacieuse que la première, dans la cuvette, sur l’emplacement choisi pour nos quartiers. Après examen des lieux, il est décidé que la maison sera orientée est-ouest, la porte tournée dans cette dernière direction. L’avenir nous prouva le choix judicieux de cette situation. Les vents dominants soufflèrent, en effet, de l’est. Cela fait, nous revenons à bord, non sans avoir jalonné l’itinéraire suivi de grandes taches noires de quinze en quinze pas. Grâce à cette précaution, quel que soit le temps, il sera aisé de retrouver son chemin entre les deux tentes, et entre la plus basse et la mer. Du site de l’habitation au mouillage, la distance est de 4 kilomètres.

16 janvier. — Le travail est en pleine marche. Quatre-vingts chiens amènent à la première tente du matériel et des approvisionnements, et vingt autres conduisent au quartier d’hiver des charges non moins lourdes. Cela ne va pas tout seul. À plusieurs reprises, des tentatives de rébellion se manifestent ; pour remettre les mutins dans le droit chemin, plus d’un de nous mouille sa chemise. Seulement, de haute lutte, nous l’emportons. Pauvres bêtes, que de coups de fouet elles reçoivent !

Dès cinq heures du matin, le réveil sonne. Pendant cette période, longues sont les journées de travail ; rarement, avant onze heures du soir, les feux sont éteints. Quoi qu’il en soit, ce labeur excessif ne nous semble pas trop rude. Tous nous avons hâte que le Fram puisse reprendre la mer. La situation du navire dans le port n’est pas des meilleures. À chaque instant, la glace à laquelle il est amarré, se brise ; par suite, à tout moment, il devient nécessaire de changer de place. À part cet inconvénient, le mouillage n’est pas mauvais. De temps à autre, la houle se fait bien sentir et engendre des chocs désagréables, mais non dangereux. Dans la baie, le courant portant toujours en dehors, les icebergs se trouvent entraînés vers le large.

L’équipage du Fram a pour mission de sortir de la cale le matériel et les approvisionnements et de les déposer sur la banquise, et l’escouade de terre, celle de charger ces monceaux de caisses et de barils. Le travail s’accomplit avec une régularité si parfaite, que rarement les travailleurs du bord ont à attendre le retour des traîneaux ou vice versa. Pénible est pourtant, les premiers jours, la tâche des terriens avec leurs attelages indociles ; il leur faut sans répit courir après eux pour les maintenir dans le droit chemin, et sans cesse crier et hurler, si bien que quelques-uns d’entre nous en demeurent aphones durant quelque temps.

17 janvier. — Encore aujourd’hui une date mémorable dans l’histoire de l’expédition. On commence les fondations de la maison. Si terrifiantes sont les descriptions des tempêtes de l’Antarctique que, pour assurer l’assiette de notre habitation, les précautions les plus minutieuses sont prises. Dans ce dessein, on troue la glace jusqu’à une profondeur de 1 m. 20 pour y enfoncer les supports de la maisonnette ; un travail singulièrement pénible. À 0 m. 60 en dessous de la surface, rien que de la glace blanche, très dure, que le pic égratigne à peine ! Avec cela, un coup de vent d’est qui soulève la neige à une grande hauteur et la laisse ensuite retomber dans les dépressions. Aussi bien, à mesure que nos gars creusent, leur tranchée se remplit. Mais ce ne sont pas gens à se laisser arrêter. Avec quelques pièces de bois, ils installent en avant de leur chantier un paravent ; dès lors, grâce à cet ingénieux appareil, ils ne sont plus gênés et, le soir venu, le travail est terminé. Aucune difficulté ne saurait arrêter des ouvriers de cette trempe.

La journée finie, nous allions entrer dans nos sacs de couchage pour jouir d’un repos bien gagné, lorsque tout à coup les pingouins du voisinage font un sabbat du diable. Que se passe-t-il dans la république ailée ? Sautant immédiatement hors de la tente, nous nous trouvons nez à nez avec un pingouin impérial. Le monstrueux volatile avance gravement en saluant cérémonieusement de droite et de gauche. Il à l’air d’être monté jusqu’à nous pour nous rendre visite. Une telle marque de courtoisie est à coup sûr très touchante, mais l’appétit a raison de notre sensiblerie, et notre visiteur va terminer ses jours dans la poêle.

18 janvier. — Nous commençons le transport des matériaux de construction. Les chiens ayant repris l’habitude du travail, tout marche à souhait. À peine un traîneau est-il déchargé qu’un autre arrive, et aussitôt après, les matériaux qu’il apporte sont dressés. Toutes les pièces ont été numérotées avant le départ et arrimées à bord dans l’ordre où elles doivent être employées. Par suite, nul besoin de faire des recherches pour trouver telle ou telle poutre : on a tout sous la main. De plus, en Norvège, un de nos charpentiers a dressé la maisonnette sur le chantier et la connaît, par suite, dans ses moindres détails.

C’est avec joie et fierté que je songe à ces journées laborieuses ; avec joie, car jamais je n’entends une plainte, quelque dur que soit le travail ; qui n’eût pas été fier de commander à de tels hommes, soucieux uniquement de l’accomplissement de leur devoir ?

Dans la nuit, le vent tombe, et le lendemain, le temps redevient calme et clair. Un vrai plaisir de travailler dans cette douce tiédeur et dans cette lumière. Pendant nos allées et venues entre le navire et la station, nous chassons le phoque. Point besoin d’aller à la quête : le gibier se rencontre sous nos pas.

LES FONDATIONS DE FRAMHEIM.

20 janvier. — Le transport des matériaux de la cabane étant achevé, nous commençons celui des provisions. Ce charroi s’opère très gaîment. Le premier voyage de la journée, du campement au Fram, le matin, avec les traîneaux vides, est particulièrement amusant. Au réveil chacun de nous est salué par les aboiements joyeux de son attelage. À qui mieux mieux toute la bande hurle et bondit en tirant sur ses chaînes. Ah ! s’ils pouvaient se précipiter vers leur maître ! Aussi bien nous hâtons-nous de rendre visite à ces fidèles serviteurs. Le maître de l’équipage passe au milieu d’eux, en les caressant tour à tour. Celui qui est gratifié de ces petites tapes amicales manifeste la satisfaction la plus vive, tandis que ses camarades essaient de se libérer pour « tomber » le favori. Tous sont d’une jalousie extraordinaire ; ces bêtes, qui ne sont en somme que des loups apprivoisés, aiment leur maître autant, sinon plus, que le plus domestiqué de nos animaux. Après cette entrevue, les conducteurs apportent les harnais ; ce sont alors de nouveaux hurlements de joie. Quelque singulier que cela paraisse, ces bêtes aiment le travail ; mais, après de longs et rudes voyages, ce sentiment se modifiera. Le matin, remis de leurs fatigues par le plantureux repas du soir et par la nuit, les attelages sont-frais et dispos ; aussi les harnacher n’est pas une besogne facile. Cela fait, on n’est pas au bout de ses peines. Autour du camp, des caisses, des barils gisent çà et là ; pour les chiens, ils offrent le plus grand intérêt, et, dès que le signal du départ est donné, ils filent à toute vitesse vers ces tas de matériaux, sans que l’on puisse les maintenir dans le droit chemin. Les bêtes se précipitent alors sur ces épaves et les poussent devant elles avec une ardeur extraordinaire. Pour les remettre ensuite dans la bonne voie, il faut livrer un véritable combat. Sur la banquise, également, les distractions sont fréquentes, représentées par des troupes de phoques qui se chauffent au soleil. Dès que nos animaux les ont flairés, ils partent à fond de train du côté du gibier ; en pareil cas, seul un conducteur très habile réussit à les maintenir. Tels sont les incidents de la matinée, et, quoique le thermomètre marque −20°, souvent on arrive à bord trempé de sueur. Si par hasard tout marche bien, en quelques minutes les attelages franchissent les 2 kilomètres qui séparent le campement du mouillage du Fram.

LE DÉCHARGEMENT CONTINUE.

21 janvier. — Plus de navire ! Dans, la nuit, une brise très fraîche accompagnée de giboulées de neige a obligé le bateau à prendre le large. Ce matin, la mer brise encore avec force contre la Barrière. En attendant le retour du Fram, nous ne demeurons pas oisifs et achevons le transport à la station de quarante phoques tués la veille par le capitaine Nilsen. Pendant que nous nous livrons à ce travail, le navire rentre dans la baie. Entre temps, la construction de la maison est poussée activement. Aujourd’hui la couverture à été établie ; désormais les charpentiers pourront travailler à l’abri. Bien que fréquemment ils souffrent du froid, jamais ils ne profèrent la moindre plainte. Quand, la journée finie, j’arrivai à la tente, l’un d’eux préparait le repas du soir. Le menu ne variait guère : toujours des crêpes, et un café noir comme de l’encre. Mais comme il semblait bon ! Entre ces deux cuisiniers de rencontre, une rivalité s’éleva bientôt au sujet des crêpes, chacun prétendant surpasser l’autre. À mon avis, leurs talents étaient égaux. Les hommes du camp inférieur n’étaient pas à plaindre non plus, grâce à Wisting qui se révéla chef de grande maison. Son triomphe était le pingouin et la mouette à la Béchamel.

Aujourd’hui dimanche, repos ; il est bien mérité après le labeur de la semaine. Nous nous réunissons tous à bord, à l’exception des indispensables gardiens des deux camps.

VUE GÉNÉRALE DE FRAMHEIM.

Lundi, 28 janvier. — Nous continuons le transport des approvisionnements. Le terrain étant très accidenté près de la station, au lieu de les charrier jusqu’à la hutte, nous les déposons sur un monticule situé à 600 mètres en avant. Plus tard, lorsque le Fran sera parti, nous les amènerons près de la maison. Le temps nous ayant fait défaut pour ce travail, la plus grande partie de nos approvisionnements demeura là. Au début, ce transport ne se fait pas sans quelques difficultés. Les chiens habitués au chemin du camp inférieur refusent de prendre une route nouvelle. Le trajet du dépôt au navire avec le véhicule vide est parfois singulièrement laborieux. Entendant leurs camarades du camp inférieur, les attelages nous entraînent souvent dans cette direction.

Nous avons environ neuf cents colis ; à chaque voyage, un traîneau en porte six, soit 300 kilog. ; d’après nos calculs, une semaine suffira pour ce transport. En effet, le samedi 28 janvier à midi, tous les colis de vivres sont en place. Le dépôt a un aspect véritablement imposant avec ses longs rangs de caisses, chacune munie d’un numéro très apparent ; il sera par suite aisé de trouver rapidement ce dont on aura besoin.

CONSTRUCTION D’UNE ANNEXE À FRAMHEIM.

Maintenant, notre maisonnette est achevée. Combien différent est l’horizon qu’elle embrasse, de celui où elle a été construite : là-bas, de la verdure et des eaux frémissantes, tandis qu’ici rien que la glace. Également magnifiques sont les deux paysages ; mais rien ne vaut les sites aimés de la patrie. Ainsi que je l’ai déjà raconté, nous avons apporté des câbles pour assujettir solidement la cabane au sol de la Barrière ; en présence du calme régnant depuis notre arrivée, cette précaution nous paraît superflue : l’assiette de la construction semble suffisamment assurée par ses fondations. La façade est goudronnée, et la toiture couverte de papier également goudronné : elle se distingue donc de loin.

Dans l’après-midi, nous levons les deux camps et nous nous installons dans notre nouvelle demeure qui s’appellera le Framheim « la maison En avant ». Quelle impression de confort, d’intimité et de propreté nous éprouvons en y entrant ! Un linoléum luisant couvre le plancher, aussi bien dans la cuisine que dans la salle commune.

LE DÉPÔT PROVISOIRE PRÈS DE FRAMHEIM.

La seconde partie de notre programme est maintenant accomplie, et cela en beaucoup moins de temps que je n’eusse osé l’espérer. Le sentier qui mène au but s’ouvre de plus en plus. Nous commençons à apercevoir au loin le château enchanté. Elle dort encore, la princesse lointaine qui l’habite, mais voici venir le baiser qui l’éveillera ! Très joyeuse fut la première soirée passée dans la cabane. Aux sons du gramophone, on but à l’avenir au milieu des chants et des rires.

La meute a été installée près de la station, attachée à des câbles disposés en un carré de 30 mètres de côté. Naturellement nos voisins nous gratifient d’un peu de musique. Sous la direction de l’un d’eux, ils exécutent des concerts diurnes et nocturnes. Étranges bêtes, que veulent-elles exprimer par ces hurlements ? Tout à coup, au milieu du grand silence qui nous enveloppe, retentit un hurlement isolé ; deux ou trois suivent, puis progressivement le nombre des chanteurs augmente ; finalement les cent chiens se mettent de la partie. Généralement, durant les concerts, ils restent assis, en levant la tête aussi haut qu’ils le peuvent. Pendant ce temps, ils semblent absorbés et ne se laissent distraire par quoi que ce soit. Très remarquable, la façon dont le chœur prend fin. Brusquement tous se taisent à la fois.

LE « FRAM » AMARRÉ À LA LISIÈRE DE LA BANQUISE.

Qu’est-ce qui leur impose ce silence subit et instantané ? J’inclinerais à penser qu’ils exécutent un chant qu’ils ont étudié. Ces animaux possèdent-ils la faculté de se communiquer leurs pensées par des cris ? Après notre longue intimité avec les chiens eskimos, aucun de nous n’en doute. Pour mon compte, je connaissais si bien le sens des différentes tonalités de leurs aboiements que, sans voir les chiens, seulement en les entendant, je devinais ce qu’ils faisaient. Chaque acte, chaque sentiment, ils l’expriment par un son particulier. Pour manifester leur affection envers leur maître, ils ont un cri spécial. Si l’un d’eux fait quelque chose de répréhensible, comme par exemple d’entrer dans le magasin où la viande est conservée, les autres, qui n’ont pu s’y introduire, se mettent à courir et à pousser un hurlement.

De son ancêtre le loup, le chien eskimo a gardé, beaucoup plus que notre chien domestique, l’instinct de la lutte pour la vie et de l’utilité de la force. La lutte pour la vie l’a dès l’enfance mûri, et lui a donné à un degré surprenant des qualités de sobriété et d’endurance. Son intelligence est vive, nette et très développée, eu égard au travail auquel il est destiné et au milieu dans lequel il vit. On aurait tort de mal juger le chien eskimo, parce qu’il est incapable d’apprendre à faire le beau ou à saisir au commandement un morceau de sucre : ce sont là exercices trop différents de la tâche sérieuse de sa vie pour qu’il puisse jamais comprendre ces numéros de cirque. Dans leurs relations, ces animaux ne connaissent d’autre loi que celle du plus fort. Le plus vigoureux commande et agit suivant son bon plaisir. Tout lui appartient, et le plus faible se contente de ses miettes. L’amitié se développe facilement entre ces quadrupèdes, mais une amitié toujours mélangée de crainte et de respect pour la force. Obéissant à l’instinct de conservation, le faible recherche aide et protection auprès du puissant, lequel accepte ce rôle de protecteur, qui lui garantit une aide fidèle en cas de besoin. Ce même instinct se retrouve jusque dans les relations entre le chien et l’homme. Cet animal comprend que son maître lui assure la subsistance et pour cette raison il lui témoigne plus de respect et d’affection que ses congénères domestiqués, que seule la peur du fouet rend obéissants. Je pouvais sans crainte retirer la pitance de la gueule de mes douze chiens ; pas un n’eût essayé de me mordre. La peur de représailles consistant en privation de nourriture expliquait cette soumission exceptionnelle. Sur des chiens norvégiens, je n’aurais pas osé tenter cette expérience. Quelle est donc la raison de cette différence ? C’est que, chez notre chien domestique, l’obéissance est fondée sur la crainte du fouet et non, comme chez son congénère grœnlandais, sur l’instinct de sa propre conservation. Or, lorsque l’appétit l’emporte sur la peur de la cravache, le maître reçoit un coup de dent.

Quelques jours plus tard, Adolf-Henrik Lindström, qui jusque-là était resté sur le Fram à la tête du département culinaire, rallie la station. Son arrivée complète notre organisation. Aux fourneaux du bord lui succède le plus jeune membre de l’expédition, Karinius Olsen. Avec un dévouement et une habileté auxquels je ne saurais trop rendre hommage, il remplit ses fonctions pendant plus de quatorze mois. Désormais, avec un chef comme Lindström, la cuisine fonctionne régulièrement. Maintenant la fumée s’élève gaiement au-dessus de notre maisonnette, annonçant de loin la présence d’une habitation sur la Barrière antarctique. Après une journée de labeur fatigant au dehors, combien agréable est l’impression que nous laisse la vue de ce petit panache bleu. C’est un symbole.

CHASSE AU PHOQUE LE LONG DE LA BARRIÈRE.

L’arrivée de notre camarade nous vaut non seulement un ordinaire exquis, mais encore la lumière et l’air. Immédiatement il monte la lampe Lux et tout de suite notre intérieur resplendit de la plus vive clarté. Après quoi, avec le concours de Stubberud, il établit le ventilateur. L’installation en est laborieuse ; malgré les efforts de nos deux camarades, l’appareil ne fonctionna jamais régulièrement, surtout par les temps calmes. Lorsque le ventilateur s’arrêtait, Lindstrôm et Stubberud n’épargnaient ni leur temps ni leurs peines pour le remettre en marche. En pareil cas, pendant une heure ou deux, l’un et l’autre travaillaient sur le toit, en dépit des intempéries, jusqu’à ce que tout fût remis en ordre. Une bonne ventilation est la condition essentielle de la santé pendant un hivernage polaire. Si nombre d’expéditions ont souffert du froid et de l’humidité et ont été éprouvées par les maladies, cela tient principalement à ce que le renouvellement de l’air dans leur habitation n’était pas suffisamment assuré. Si l’air frais arrive en abondance, la combustion du charbon dans le poêle deviendra plus complète, par suite, la chaleur qu’il dégage plus grande. Au contraire, la ventilation est-elle défectueuse, une grande partie du combustible ne brûle pas, et la pièce devient froide et humide. La lampe Lux et le fourneau de la cuisine suffisaient à entretenir dans l’habitation une température agréable. Les occupants des couchettes supérieures se plaignaient même de la chaleur.

Notre pièce commune renferme dix couchettes ; comme nous ne sommes que neuf, la couchette inoccupée est enlevée et à sa place est installée la boîte des chronomètres. Les instruments de météorologie sont suspendus dans la cuisine, le seul endroit dont nous disposions. Lindström assuma la charge de sous-directeur et d’ouvrier d’art de la station météorologique de Framheim. Dans le grenier est emmagasiné tout ce qui ne peut être exposé sans inconvénient à de basses températures : les médicaments, les sirops, les confitures, la crème conservée, les pickles, les sauces. Nous y logeons en outre la bibliothèque.

Après le 30 janvier, nous amenons à la station le charbon, le bois, l’huile, et la provision de poisson sec. Pendant l’été, la température varia entre −15° et −25°.

Chaque jour nous tuons de nombreux phoques. Déjà nous en avons abattu une centaine, dont les dépouilles forment un gros tas de viande à la porte même de la hutte. Un soir, pendant le souper, Lindström annonce qu’il sera inutile désormais d’aller sur la banquise pour chercher le gibier, car il vient à nous. Tout de suite nous sortons : en effet un crabier se dirige droit vers la maison ; mal lui en prit de sa curiosité.

HELMER HANSEN À LA CHASSE AU PHOQUE.

Cette semaine, nous débarrassons le Fram des derniers chiens restés à bord, vingt petits encore à la mamelle. Les marins ne les regrettèrent pas. La température se maintenant aux environs de −20°, avec de tels hôtes il était impossible de tenir le pont propre ; l’eau que l’on y jetait gelait immédiatement. Aussitôt nos nourrissons débarqués, l’équipage tout entier se mit au briquetage ; quelques heures après le Fram était redevenu propre et luisant. Avec les égards dus à leur âge, nos élèves furent voiturés à la station dans des caisses bien chaudes. À leur intention, une tente avait été dressée, mais ils refusèrent énergiquement d’y entrer ; force nous fut donc de les laisser dehors. Ces jeunes chiens passèrent la majeure partie de l’hiver au grand air ; pendant quelque temps, ils demeurèrent près des carcasses de phoques. L’installation préparée à leur intention ne fut cependant pas inutile : Tisper, sur le point de mettre bas, y fut logée ; dès lors cet abri reçut le nom de « Maternité ».

Nous dressons ensuite les autres tentes : huit comme chenils pour les attelages, deux pour le poisson sec, une pour la viande de phoque, une pour les provisions, et une pour le combustible ; en tout, quatorze tentes. Maintenant la station a l’aspect d’un camp. À cette époque, d’importantes modifications sont apportées au harnachement des chiens, un de nos camarades ayant eu l’ingénieuse idée de combiner le harnais de l’Alaska avec celui du Grœnland. Le résultat de cette transformation est excellent ; à l’avenir cet équipement sera seul employé. À notre avis unanime, il est très supérieur à tous les autres, et les chiens semblent partager cette opinion. En tout cas, avec ce harnachement, ils tirent mieux et plus facilement.

4 février. — Grand événement ! À six heures et demie du matin, comme d’habitude, nous étions tous partis chercher des charges sur le bord de la baie, lorsque l’homme en tête de la colonne se met à gesticuler comme un fou. Évidemment il aperçoit quelque chose d’extraordinaire. Mais quoi ? Arrivé au même point, le second se livre à une pantomime non moins animée et crie des explications que je ne puis entendre. Sollicité par la curiosité, je presse le pas et rejoins rapidement les camarades. Que vois-je ? Une grande barque est là, rangée le long de la glace, juste au sud du Fram. C’est le Terra Nova, le navire du commandant Scott. Bien souvent nous avions parlé de la possibilité de rencontrer l’expédition anglaise lorsqu’elle se dirigerait vers la Terre du Roi Édouard VII ; ce n’en est pas moins une fière surprise.

Le Terra Nova était arrivé à minuit. À ce moment l’homme de quart à bord du Fram venait de descendre avaler une tasse de café. Quand il remonta sur le pont, un second navire se trouvait là, devant la Barrière ! Notre homme se frotta aussitôt les yeux et se pinça le mollet pour se convaincre qu’il ne rêvait pas.

Le lieutenant Campbell, chef de l’escouade chargée d’explorer la Terre du Roi Édouard VII, s’empressa de rendre visite à Nilsen. Il lui annonça que, n’ayant pu aborder, il allait rallier le Mac Murdo Sound pour, de là, gagner le cap Nord et s’installer dans la partie septentrionale de la Terre Victoria. Immédiatement après mon arrivée, le lieutenant Campbell revient à bord du Fram et me confirme ces nouvelles. L’entrevue terminée, nous chargeons les traîneaux et retournons à la station, où bientôt nous avons le très grand plaisir de recevoir le lieutenant Pennel, commandant du Terra Nova, le lieutenant Campbell et le chirurgien de l’expédition. Nous passons ensemble deux heures fort agréables. Dans la journée, trois d’entre nous vont visiter le Terra Nova et y sont retenus à déjeuner. Nos hôtes se montrèrent extrêmement aimables et nous proposèrent de se charger de notre courrier pour la Nouvelle-Zélande. J’aurais été très heureux d’accepter cette offre amicale, mais notre temps était trop précieux pour l’employer à la correspondance. À deux heures de l’après-midi, le Terra Nova appareilla. Après cette visite, nous ressentîmes presque tous, pendant quelques heures, le malaise de la grippe. Ce fut alors un concert d’éternuements et un rhume de cerveau général.

Le lendemain, dimanche 5 février, les hommes du Fram montent nous voir. Ne pouvant quitter tous à la fois le navire, quatre dînent avec nous et six viennent ensuite partager notre souper. Ce fut pour nous une joie de leur montrer notre demeure et de leur souhaiter un heureux voyage.


(À suivre.) Traduit et adapté par M. Charles Rabot.


LE DÉPÈCEMENT D’UN PHOQUE.
  1. Suite. Voyez page 25.