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Louis Philipon de La Madelaine, Réponses à des lettres de demande dans Modèles de lettres sur différents sujets, Chez Pierre Bruyset Ponthus, 1771 (p. 195-218)


RÉPONSES
A DES LETTRES
DE DEMANDES,
Et Lettres pour accompagner un Présent.



INSTRUCTION.



Répondre à une Lettre de Demande, c’est accorder ou refuser ce qui fait le sujet de la Lettre.

Le proverbe latin dit que c’est donner deux fois, que de donner promptement : bis dat qui citò dat. Je trouve qu’il y a bien de l’orgueil, pour ne rien dire de plus, à faire attendre long-temps ce qu’on pourroit accorder tout de suite.

Je dois placer ici, à la gloire de la Philosophie & des Lettres, une anecdote que M. de Fouchy, Secrétaire perpétuel de l’Academie des Sciences, nous a conservée dans l’éloge de M. de Fontenelle. « Un Mathématicien, aujourd’hui l’un des premiers Professeurs en ce genre, se trouva en Province dans une telle situation, qu’une somme de 600 liv. lui étoit absolument nécessaire. Il avoit eu autrefois occasion de donner quelques leçons à un homme de qualité, riche, & qui l’avoit quitté en l’accablant de protestations d’amitié & d’envie de l’obliger. Il crut pouvoir s’adresser à lui ; mais en même temps, & par une espèce d’instinct, il s’adressa aussi à M. de Fontenelle, dont il connoissoit l’humeur bienfaisante plus que personne. Il leur écrivit à tous deux, & leur peignit sa situation. Les deux Lettres firent l’effet qu’on pouvoit en attendre : le courtisan qui n’avoit plus besoin du Mathématicien ne daigna pas lui faire réponse, & celle de M. de Fontenelle, qui arriva l’ordinaire suivant, fut accompagnée d’une Lettre de change de la somme demandée. »

Tous ceux qui donnent ne savent pas toujours donner. Il est une maniere d’accorder qui flatte encore plus que la chose même. Louis XIV dit à Mme de Maintenon, en lui donnant une pension qu’on avoit longtemps sollicitée pour elle : Madame, je vous ai fait attendre long-temps ; mais vous avez tant d’amis, que j’ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous[1]. Ce Monarque dit à peu près la même chose à l’Abbé, depuis Cardinal de Fleuri, en lui donnant l’Evêché de Frejus.

Il est aisé de voir que ces manieres polies vont bien aux Grands. Les graces dont ils sont les dépositaires, ne leur procurent que des flatteurs ; il n’y a que la maniere de les faire qui puisse leur assurer des amis : mais souvent ils accordent & ils donnent avec tant de hauteur, qu’on seroit dispensé de la reconnoissance, si les fautes d’autrui pouvoient autoriser les nôtres. M. le Duc de ***, exilé à ***, se plaignoit un jour de ce qu’il ne venoit presque personne chez lui : Il y a cependant ici, disoit-il, bien des gens à qui j’ai fait des graces. Oui, reprit franchement quelqu’un ; mais elles venoient de si haut, qu’elles assommoient en tombant.

Pour ce qui est des lettres destinées à accompagner les petits présents qu’on se fait dans la société, j’en ai peu mis, parce que j’en ai trouvé peu de bonnes, & qu’il vaut mieux ne point donner d’exemples que d’en donner de mauvais. Ordinairement on prend occasion de la chose qu’on envoie pour dire un mot gracieux à la personne à qui on l’adresse. En poësie on nomme cela un envoi, & les faiseurs de vers ne manquent pas d’en insérer toujours un bon nombre dans leurs œuvres diverses : on peut les y consulter.

Il doit être bien dur, quand on est né avec une ame, d’avoir à refuser ; cependant l’indiscrétion de ceux qui demandent, & les circonstances où l’on se trouve, en font quelquefois une nécessité. Alors c’est à la politesse à adoucir le refus. On laisse entrevoir qu’il en coûte beaucoup de ne pouvoir pas obliger une personne pour laquelle on s’intéresse d’ailleurs ; on rejette sur les circonstances la nécessité où l’on est de refuser ; on assure qu’on souhaite & qu’on se flatte d’être plus heureux dans quelqu’autre occasion &c. Il est difficile qu’on ne trouve pas toujours quelque chose d’obligeant à répondre. Tous les hommes, sur-tout les gens en place, devroient dire à peu près comme cet[2] Empereur Romain : Il ne faut pas que personne se retire triste d’auprès de moi.

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  1. Voyez les Mémoires pour servir à l’Histoire de Mad. de Maintenon. Cet Ouvrage, pour le dire en passant, n’est qu’une compilation platte d’anecdotes quelquefois curieuses, mais souvent fausses, & tout-à-fait indécentes. M. l’Abbé Ladvocat, dans son Dictionnaire historique, article Maintenon, en porte à peu près le même jugement.
  2. Titus